ENTRETIEN AVEC SIMON PITAQAJ

Entretien réalisé par le blog Hey Listen

 

Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire Nous, les petits-enfant de Tito ? Y a-t-il eu un élément

déclencheur ?

Je suis arrivé en France à l’âge de 15 ans, je ne parlais pas un mot de français. Mon frère m’avait inscrit au collège à Aubervilliers, dans une classe non francophone. Au début, j’ai cru qu’on m’avait amené à l’asile de fous. [...] Quelques années plus tard, je ne trouvais plus mes camarades de classe fous, je m’étais habitué. Tout cela était devenu normal. Normal, mais en marge, mis de côté, à regarder les lumières de la ville en face, à envier ce qui se passait de l’autre côté du périphérique.

Piégés dans nos tours et d’antennes de télévisions où naissaient nos rêves et mourraient nos espoirs. La marge, je la connaissais bien, je m’y sentais bien, c’était comme au Kosovo.

Puis il y a eu les événements de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher et j’ai vécu comme un retour en arrière. J’ai senti que la haine qui s’exprimait dans ces événements sanglants et stupides avait quelque chose à voir avec ce que j’avais vécu, moi, en débarquant du Kosovo, avec mes amis des cités. Écrire cette pièce est devenu comme une nécessité, je voulais témoigner de cette époque, témoigner pour tous ces jeunes mis entre parenthèse. Car nous, enfants qu’on était, on n’aimait pas cet barrière, ce mur entre Paris et l’autre côté du périphérique ! […]

 

Dans ce récit, pourquoi mêlez-vous des éléments autobiographiques et des vieilles légendes

balkaniques ? Est-ce pour créer un pont entre passé et présent ? Si oui, en quoi ce lien est-il

important ?

 

Enfant, j’étais baigné dans le monde des contes et légendes. J’étais habité par mille personnages et fantômes. J’ai éprouvé le besoin d’en parler, de ce morceaux de vie. Le raconter, c'était une façon d’essayer de passer à autre chose. J’en avais besoin, c’était une nécessité de retracer ce chemin,parcouru. [...]

 

« Les légendes nous plongent dans un passé très

 

lointain, elles nous plongent dans nos origines. »

 

C’est nécessaire pour cet adolescent franco-kosovar de s'y plonger puisque cela lui permet de comprendre son présent. Sa seule libération est de créer un pont entre le passé et le présent. Peut-être pour se sentir enfin à sa place là où il est...

 

Pensez-vous que votre propre parcours fait écho à celui de certains jeunes, encore

aujourd'hui ?

 

Je sens qu'aujourd'hui, les jeunes n’ont pas vraiment d’espoir, alors imaginez-vous les jeunes émigrés qui arrivent en France du jour au lendemain... L’adolescent de Nous, les petits enfants de Tito est un rêveur plein d’espoir, un combattant. Il lui arrive des tas de choses improbables mais il arrive à les surmonter, il tient debout. Cela fait écho non seulement à des banlieusards qui se battent chaque jours et essaient de tenir debout, mais aussi aux jeunes du monde entier. […]

 

Selon vous, en quoi l'écriture peut aider à aller au-delà des apparences ?

Avec cette pièce, qui souhaitez-vous toucher ? Un public en particulier ?

 

Mon écriture passe à travers le plateau. J’écris pour la scène, pour les comédiens et le public qui va écouter et voir la pièce. Je ne peux pas écrire sur un bureau et dire : voilà c’est fini, jouez maintenant !

Non, j’ai besoin d’essayer tout de suite et c’est toujours le plateau qui va me guider ce que je dois faire. En général, quand j’écris et mets en scène, je me demande toujours : et si mon père et ma mère voyaient ça ? (alors qu’ils sont ouvriers et anciens paysans). Ou si quelqu'un qui a une grande culture et de larges connaissances voit mon spectacle ? Qu’est-ce qu’ils vont sentir, comprendre ? Est-ce que ça va les toucher ? Est-ce que ça va les faire rêver, réfléchir ? Est-ce que ça va les bousculer, les mettre en colère, les agacer ? Du coup je me concentre plus sur l’humain. Au fond, ce que je cherche, c'est que chacun, homme et femme, trouve son compte dans mes spectacles.

 

Entretien réalisé par le blog Hey Listen

 

Vous pouvez retrouver l’article dans son intégrailté sur heylisten.fr