La mise en scène

Prenant le contrepied de la majorité des adaptations des œuvres de Dostoïevski, Simon Pitaqaj a souhaité une mise en scène où les réflexions et émotions du personnage sont à l’air libre, à l’opposé d’un traitement sombre, tragique ou psychologique. La scénographie est pensée comme le laboratoire d’un chercheur où ses réflexions, dessins, sont inscrits, partout sur les murs.

 

Dans Le rêve d’un homme ridicule l’espace sera composé en deux parties : Le sous-sol, son espace de vie (le même que celui de L’homme du sous-sol). L’écriture sur les murs, sol, plafond, cartons, dessins, toiles, photos, installations, objets, mur cassé, chaises, décombres. Le public est en bifrontal et assiste aux déambulations physiques et spirituelles de l’homme ridicule rageant sur lui et le monde qui l’entoure, son dégoût pour la vie, sa culpabilité d’agir ou de ne pas agir face à une société qui lui apparaît comme dépressive et malade.

 

Dans la deuxième partie, le paradis, les portes s’ouvrent en accordéon, dévoilant un espace lumineux. Au sol : la terre, un arbre (qui se décompose), des panneaux blancs mobiles, des fleurs, et une pléthore de personnages, seulement évoqués dans la nouvelle, mais développés dans la mise en scène. Nous le rejoignons dans son rêve. De l'homme nihiliste nous passons à l'homme de l'utopie, de l'humanité retrouvée. Pourtant, de cette rencontre naîtront le conflit, le chaos volontairement orchestré et la chute du « Paradis Perdu ». L’homme ridicule se réveille alors, convaincu de pouvoir changer le monde après avoir vu la vérité et d’avoir eu la révélation que « la conscience de la vie est supérieure à la vie, la connaissance des lois du bonheur - supérieure au bonheur. » Ce qu’il lui reste à faire sera d’aller chercher la petite fille et la sauver. Seulement, de retour dans son sous-sol, conservera-t-il la force de ses certitudes ?

 

« Alors que le récit de rêve semblerait imposer le monologue, le parti pris de ce projet est de faire vivre (et mourir) ce songe ou cette vision, à plusieurs voix, c’est-à-dire dans une configuration théâtrale polyphonique, qui n’enferme pas le spectateur dans une vision unique communiquée par un soliloque, mais lui laisse la liberté de confronter les différentes paroles. »

Si le geste final, en un mot la volonté de transmettre cette vision, de la communiquer, reste porteur d’espoir, il se développe dans une ambiguïté qui laisse rêver à la question de savoir si l’humanité peut réellement choisir son propre bien, ou si elle est vouée à se déchirer. » Jean-Baptiste Evette